Partager le plaisir de jouer du piano… enfin !

Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai entendu cette phrase… Pour moi ou pour d’autres : “Tu nous joues quelque chose ?”. Les gens ne se doutent pas de ce que cela peut déclencher dans la tête d’un pianiste encore fragile dans sa tête et sur ses doigts.

Ça part en général d’un bon sentiment, c’est humainement et amicalement compréhensible. On sait que vous jouez du piano. On veut vous montrer que l’on s’intéresse à ce que vous faites et vous mettre en valeur. Certains amis souhaitent vraiment profiter de vos talents pour passer un bon moment de musique “en live”. D’autres veulent vous encourager !

Mais la plupart n’ont pas idée du quart du dixième de ce que cela représente d’apprendre à jouer du piano. Ce que c’est que de rentrer peu à peu dans un morceau pour l’intégrer et qu’il devienne vôtre comme si c’était vous qui l’aviez écrit.

Pour eux c’est un peu comme quand on lance un ballon à un enfant en l’invitant à jouer. On peut jouer comme ça, à l’improviste. Pourquoi tant d’histoires ! Les pianistes à la télé donnent l’impression que c’est si facile, si naturel…

J’ai entendu tant de parents d’élèves qui, après s’être eux-mêmes mis au piano, m’ont confié : “Je n’avais pas idée du tout de la difficulté ! maintenant je comprends”. Tant qu’on ne s’y met pas, on ne PEUT PAS comprendre.

Le naturel vient après des années ! Il se cache derrière l’effort et la complexité.

Mais c’est possible d’arriver à ce moment. Celui où l’on a un répertoire dans les doigts que l’on peut dégainer n’importe quand (avant d’avoir trop bu). Ce qu’il faut c’est : ne pas arrêter. Persévérer sur le long terme. Laurence, que vous connaissez déjà depuis son article racontant son Confinement au piano, et que j’ai accompagné pendant des années va vous livrer sa vision de passionnée du piano. Ce qui l’aide au quotidien à profiter enfin de ses acquis d’enfance.

Je lui laisse maintenant la plume…


« Tu nous joues quelque chose ? »

Pendant si longtemps, c’était LA question que j’attendais et que je redoutais, en même temps que mon ventre se serrait. Jouer du piano devant quelqu’un était une épreuve. Progressivement, je me suis dégagée de ces sables mouvants. Depuis peu, je trépigne à l’envie de « me mettre au piano » sans qu’on me le demande. J’en salive même à la vue d’un piano… comme de passer à table à la perspective d’un bon repas ! J’éprouve du plaisir à goûter chaque note, pour moi-même déjà, et à déguster les plats dans la joie du partage.

Viser le bon objectif  

Je reviens de loin… Marie-Cécile peut témoigner de mon trac aux tremblements incontrôlables (oui je confirme 🙂 ) ! Je n’ai pas oublié le premier cours qu’elle m’a donné. Là, grâce à ses mots et sa gestuelle, j’ai pris conscience d’aller au combat face au piano… à des années lumière du plaisir de jouer. Il faut reconnaître qu’un piano, c’est impressionnant, surtout un piano à queue comme le sien (le même genre de monstre que celui à affronter lors des examens, des auditions…).

Que de chemin parcouru pendant les onze années de cours avec Marie-Cécile, ponctuées par bien des paliers. Ma posture (au sens propre comme au figuré) a considérablement évolué. Je ne joue plus sous le « regard de l’Autre » (surtout plus sous le couperet du mien).  Quelle joie de jouer POUR et AVEC les autres, sans surtout viser le « zéro fausse note ».

Je pense souvent à cette remarque de Paul, un ancien élève de Marie-Cécile avec qui nous échangeons beaucoup : « Il m’arrive de trébucher ». Entendez par là de faire des erreurs dont les fameuses fausses notes. Je vous livre la suite de sa confidence : « Le plus important, c’est de chercher à faire passer de l’émotion par le son ».

Photo de Suliman Sallehi

Comment atteindre cet objectif ?

Je souris en imaginant la réaction de certains d’entre vous qui auraient pu être la mienne encore récemment : « Vous êtes bien gentille, vous parlez comme un livre » ! C’est vrai. Avant d’interpréter, comment réussir à jouer un morceau du début à la fin sans tomber dans le vide avant la dernière note ?

Avant toute chose, je partage avec vous ce qui me semble maintenant essentiel dans la pratique du piano au long cours pour un voyage sans fin. Ces réflexions sont le résultat de mes 11 années de cheminement :

Avoir une ambition lucide : viser les morceaux qui correspondent à son niveau. J’aime bien cette image : commencer par des balades en plaine avant de s’attaquer à des randonnées en altitude.

Être persévérant et patient : un travail régulier est une nécessité absolue pour franchir les différents paliers d’apprentissage. Le piano m’a appris la discipline. 

Accepter les baisses de régime : il en faut du courage pour apprendre à jouer du piano, alors ne pas oublier d’être doux et bienveillant avec soi-même.

S’accrocher à la joie de progresser : ça motive dans la durée et donne de l’énergie pour faire tomber des barrières, pour ouvrir des voies et gravir des paliers ! Encore faut-il savoir travailler efficacement pour obtenir des résultats tangibles, et être bien guidé…

Mes 10 “guides intérieurs” 

De l’enfance à l’âge adulte, j’ai eu différents professeurs. Marie-Cécile m’a accompagnée dans la durée, sur une période ininterrompue. L’arrêt de ses cours m’a déboussolée mais j’ai découvert ma capacité à être autonome (je ne dis pas que je n’ai plus besoin de professeur pour progresser, loin de là !). Cette indépendance génère un grand sentiment de liberté : je suis « équipée » pour continuer de travailler seule, avec toute une palette intégrée d’outils.

 Un jour, je me souviens d’une image qu’elle avait utilisée pour décrire un pianiste qui joue un morceau, celle de l’équilibriste. Je me suis immédiatement imaginée telle une fildefériste, craignant soit de chuter et de perdre le fil de la partition, soit de plonger dans le vide sidéral du trou de mémoire en jouant par cœur. Aujourd’hui, je n’avance plus sur un fil et je perçois mieux cette idée d’équilibre… en prenant appui sur de solides piliers intérieurs issus de l’apprentissage qu’elle propose. Quand l’un vient à manquer, l’autre prend le relais.

En conclusion, voici ces 10 piliers que j’appelle aussi mes guides intérieurs. Si je m’en éloigne en le travaillant, mon morceau conservera des zones de fragilité qui risquent de me faire carrément tomber en public (bien plus que de « trébucher » pour reprendre les propos de Paul). Ce sont précisément ces fragilités qui entravent la confiance et le plaisir de s’approprier vraiment un morceau, de l’interpréter…

1. De tout ton corps tu joueras

2. Le souffle comme un fil tu suivras

3. Dans l’univers harmonique tu entreras

4. Sur chaque geste tu t’appuieras

5. La mélodie tu chanteras

6. La main gauche tu considèreras

7. Le rythme tu sentiras battre en toi

8. Le son avec la pédale tu peaufineras

9. Du plaisir tu prendras et tu offriras

10. Sur plusieurs pianos tu interpréteras

Rendez-vous dans de prochains articles pour détailler chaque pilier.

A bientôt !

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