Être confiné au piano

Aujourd’hui je laisse la plume à Laurence, une élève de longue date.

Après avoir suivi des cours de piano entre 8 et 17 ans, ses études et son entrée dans la vie active ont marqué l’arrêt des cours et de la pratique. A l’époque, si elle ne suivait pas de cours, elle ne jouait pas. Entre 28 et 34 ans, elle reprend des cours en pointillés, avec l’achat d’un Clavinova (pour ne pas déranger) puis d’un vrai mais vieux piano.

De retour à Bordeaux en 2008, elle est très motivée pour se remettre au piano et cherche un professeur. Il se trouve qu’elle habitait à 20 mètres de chez moi ! De 2008 à juillet 2019, elle a donc été ma voisine et mon élève. Une confiance et une amitié profonde s’est ainsi tissée au fil des années…

Laurence est quelqu’un qui en veut. Elle a toujours appliqué ce que je lui proposais et m’a suivi dans tous mes tests. Ce blog et la pédagogie que j’y partage lui doit beaucoup…

Elle est rédactrice de métier et c’est tout naturellement que je lui propose de partager ici. Bonne lecture !

Piano en confinement

Le privilège d’être confinée avec mon piano

Pour la première fois de ma vie de pianiste (j’ose l’écrire) amateur, j’ai réalisé une expérience inédite : jouer du piano quotidiennement pendant plus de 40 jours, dès le 17 mars 2020, 1er jour de l’instauration du confinement en France. Cette durée sonne comme une mise en quarantaine… pianistique ! Je partage cette expérience dans cet article en date du 28 avril, alors que le confinement strict va se terminer dans 15 jours.

Une opportunité : du temps pour jouer du piano

Jouer du piano chaque jour pendant toute la durée du confinement, c’est la décision que j’ai prise le soir même de l’allocution de notre Président. C’était le 16 mars… déjà ! Face à tout ce que j’allais perdre, je percevais le bon côté. Je nuance le propos car jamais je n’ai eu le sentiment de vivre en période de guerre mais plutôt d’être privilégiée.

Il y a toujours une face positive dans un contexte négatif. J’ai immédiatement vécu la situation comme une formidable opportunité d’AVOIR DU TEMPS, ce bien si précieux. J’en souris aujourd’hui : cette situation s’est rapidement retournée contre moi car je me suis collée une pression d’enfer. J’ai réalisé qu’il me serait impossible de venir à bout de ma To do list « spécial confinement productif » ! Une partie de mon activité professionnelle s’étant adaptée au confinement, j’ai dû renoncer à accomplir une grande partie des tâches inscrites sur ma longue liste (je me consacre également à des actions solidaires).

La seule « routine » à laquelle je me tiens chaque jour sans aucune exception, c’est de consacrer du temps à ma pratique au piano. D’autres bonnes résolutions ont connu des jours sans mais jamais celle-ci. Ce qui me fait penser à ce que m’a dit un jour Marie-Cécile : « le piano n’est pas une activité ou un loisir mais un engagement ».

Un temps cadré : une aubaine plus qu’une contrainte

Dès le départ, j’ai instauré une règle qui m’a paru logique dans le contexte d’un confinement partagé avec mon compagnon. Je n’imaginais pas lui imposer de jouer pendant plusieurs heures alors qu’il était à la maison. J’ai donc décidé de ne jouer que pendant sa « sortie autorisée », soit une heure par jour. Il m’a proposé de jouer davantage car il m’encourage dans ma pratique. Mais sans possibilité de s’isoler phoniquement, j’ai maintenu ma décision.

Bon, certains jours, j’avoue que j’ai dérapé un peu mais jamais de beaucoup. A d’autres, plus rares, j’ai joué moins d’une heure en raison de mes engagements. Une fois par semaine, mon compagnon étant amené à sortir plus longtemps pour ses obligations professionnelles, j’ai joué 4 à 6 heures (mes voisins sont très coopérants). Quelle jubilation ! Avec le recul, je pense que c’est une chance de ne pas avoir pu disposer de plus de temps. La contrainte de durée ne m’a pas laissé le choix : choisir un objectif sur le long terme et définir un contenu de travail à chaque séance.

Une stratégie intuitive : la reprise d’un grand morceau

Dès le départ, je n’ai pas du tout eu l’envie de m’atteler à un nouveau morceau (il y avait déjà beaucoup trop d’inconnu). J’ai opté instinctivement pour un univers qui me relie à « la vie d’avant ». Si je n’ai pas du tout vu venir la crise sanitaire, je savais que les 15 jours annoncés seraient prolongés, au moins de la même durée. Un mois, c’est un laps de temps idéal pour revenir vers une œuvre déjà travaillée mais non maîtrisée.

Mon choix s’est porté sans hésiter sur « Clair de Lune », une œuvre qui résonne par rapport à mon histoire. J’avais travaillé ce morceau avec Marie-Cécile il y a trois ans. Elle m’avait indiqué que ce morceau se situait au summum de mon niveau… ça c’était clair !  🙂 Courir un marathon sans en avoir l’endurance, voilà le souvenir que j’en conservais.  J’étais parvenue à le jouer en entier, laborieusement et jamais par cœur. Quant au plaisir de l’interprétation ? Je l’avais ressenti seulement sur certains passages.

J’ai ressorti la partition en me souvenant des conseils de Marie-Cécile : « commence par travailler les parties les plus difficiles ». En feuilletant les six pages pour me les remémorer, j’ai senti mon corps se tendre à la vue du passage très animé. C’est donc par là que j’allais commencer ! J’avais bien conscience qu’en dépit des heures et des heures, totalisées en jours, passées à travailler ce morceau, je devais l’aborder comme si c’était une première fois. Réalisme, humilité, goût de l’effort et persévérance : une école de la vie pour tous ceux qui pratiquent le piano (ou d’autres disciplines). Rapidement, j’ai eu une bonne surprise en mesurant les progrès accomplis en l’espace de trois années.

Et quel plaisir de sentir la mémoire remonter jusqu’à mes phalanges, une motivation de plus. Je ne vais pas m’étendre sur ce sujet qui pourrait faire l’objet d’un article à part entière. En augmentant la vitesse au bout de quelques jours, j’ai réalisé que j’avais également gagné en endurance ! J’ai progressé à vue d’œil… et d’oreille en un mois et demi. Et encore, la séance n’était pas consacrée qu’à ce morceau (gammes, déchiffrage…). De quoi répondre à une question de fond qui se pose souvent : « combien de temps faut-il travailler le piano ? ». A raison d’une heure par jour, les résultats sont déjà considérablement mesurables.

Une occasion rêvée : la pratique de la méthode C.L.É.É.

En août 2019, j’ai acquis le pack niveau avancé de la méthode C.L.É.É créée par Marie-Cécile. Il fallait vraiment que je sois convaincue de ses compétences pédagogiques pour me décider à acheter cette formation. J’ai besoin d’accélérer ma vitesse de lecture pour déchiffrer plus facilement. Mes souvenirs d’enfance pas très heureux du solfège, c’est peu de le dire, persistent encore ! J’entendais cette voix en moi : « j’ai passé l’âge de travailler la lecture de notes. Avec mon niveau de piano, je n’ai pas besoin de me coller cette contrainte en plus, je n’en ai pas le temps et c’est dingue d’y consacrer un tel budget».

Je ne me souviens plus ce qui a provoqué vraiment le déclic. C’était avant les vacances d’été. J’avais la ferme intention de m’y mettre en septembre. Aspirée dans le tourbillon de la rentrée, les mois sont passés. En février, mon objectif de progression de déchiffrage a été une motivation pour m’y lancer.

Connaissant le sérieux  de Marie-Cécile, je m’attendais à un pack « costaud ». Et pourtant, j’ai été bluffée par le nombre de contenus et de supports accessibles dans cette formation ! Dès le 1er cours, j’ai pris conscience à ma grande surprise de lacunes sur des bases indispensables. J’ai également découvert les exercices de lecture relative. Ce n’est pas surprenant que les pianistes développent certaines parties de leur cerveau ! Bien que lancée dans mon élan, j’ai dû stopper les cours en raison d’impératifs professionnels. J’ai pourtant réalisé, imperceptiblement mais sûrement, qu’un déclic s’était opéré en matière de déchiffrage. J’avais donc la ferme intention d’y revenir…

Une semaine après le début du confinement, j’ai décidé de reprendre la méthode C.L.É.É, là où je l’avais laissée. J’ai vite trouvé mon rythme de croisière. Avant chaque séance de piano, je pratique un exercice de lecture relative pendant 5 à 10 minutes. C’est devenu un jeu car la lecture est associée au clavier et aux tonalités : ça change tout ! En parallèle, selon le temps que je souhaite y consacrer chaque jour, je consulte les cours qui abordent d’autres sujets. Il y a des « bonus » très sympa. Me voilà « aspirée » dans le cercle vertueux : je mesure les progrès en déchiffrage (c’est bluffant !) donc j’ai envie de m’y atteler. CQFD.

La dernière ligne droite du confinement strict

C’était prévisible : « Clair de lune » s’est transformé en pleine lune aveuglante ! A partir d’un certain nombre d’heures de travail sur un même morceau, il y a un phénomène de saturation voire de rejet. Cette étape fait partie de l’apprentissage d’un morceau. Je vais laisser tranquillement la lune changer de quart quelques jours et laisser le morceau mûrir pour mieux le retrouver.

J’aborde les deniers jours de ce confinement avec un nouveau projet pianistique. L’envie de reprendre une autre grande œuvre s’est imposée à moi. Et depuis un mois et demi, la pratique régulière des gammes a son effet nommé vélocité. Il y a quelques jours, j’ai ressorti ma partition du Prélude Opus 3, n°2 de Rachmaninov. Dès la première page, l’agitato m’a lancé un regard espiègle en m’interpellant : « Eh, eh, je t’attends… ». Oh purée ! Ce doit être le confinement, c’est la première fois que j’ai l’impression qu’une partition s’adresse à moi ! 🙂

Autre difficulté, et non des moindres, la plupart des autres zones de ce morceau sont en lignes supplémentaires. C’est ce que je redoute le plus en lecture de notes, ça me paralyse. Je trouve la solution à mon problème dans la méthode C.L.É.É que je poursuis en parallèle. Marie-Cécile propose un apprentissage qui relie les notes au piano. Incroyable, je me suis surprise à travailler les « Do » de manière ludique avec des petites cartes. Ce qui tombe très bien car ce morceau commence avec les trois « Do » les plus graves. Fini le comptage des lignes supplémentaires pour trouver les notes !

Et pour conclure…

Quand ceconfinement sera terminé, je me souviendrai de ce délicieux fil des jours au piano.  Jouer du piano représente une ressource encore plus inestimable que je ne le pensais. L’inquiétude face à un avenir incertain, la sensation d’étouffement dû à la perte de liberté de déplacement, le manque de mes proches et de la nature… je traverse cette période en mesurant encore davantage la chance de jouer de cet instrument qui fait tant rêver. Mon piano m’apporte une bouffée d’air… et de joie pure, encore plus en ce moment !

Cette période est également l’opportunité de reprendre un projet de longue date : écrire de temps à autre des articles pour le blog de Marie-Cécile. Je croise ainsi mes deux passions : l’écriture et le piano. Voici le premier article du genre. J’ai partagé mon expérience avec authenticité et j’y ai pris beaucoup de plaisir. A bientôt.

Et si vous partagiez cette expérience de confinement avec votre piano ? Vos retours dans les commentaires m’intéressent. Descendez tout en bas de la page !

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3 commentaires

  1. Bonjour à tous,
    Merci de ces témoignages. Je vais aussi laisser mon ressenti à ce bachi-bouzouk:

    J’ai commencé par trois semaines de travail acharné (j’ai 69 ans, commencé “pour de vrai” à 63. Piano numérique – ouf ! – et un crapaud que je laisse ouvert mais inutilisé pour ne pas le faire attaquer par les voisins…)

    Moi aussi j’ai repris les anciens morceaux donnés par mon prof, prématurés à mon sens et donc abandonnés ; et puis en autonomie de la variété, plus facile et qui permet de se mettre les accords dans les doigts sans s’en apercevoir.
    J’ai ainsi une pile de 13 morceaux, à des stades variés d’apprentissage. La pile passe de gauche à droite puis retour dans l’ordre inverse donc, car l’attention et la motivation ne sont pas les mêmes en cours de journée.

    Et bien sûr la saturation arrivée… J’ai commencé à faire vaguement quelques tris dans mes placards, mais avec une mauvaise conscience qui m’a fait arrêter !!! Car, Eureka ! la lumière est apparue !

    “Gaëlle, tu as la chance inestimable de pouvoir faire UN STAGE INTENSIF DE MUSIQUE, tu n’en auras plus JAMAIS l’occasion ” !!!

    Et voilà, j’ai repris la formation CLEE au saut du lit, je fais de l’impro (très mal…), de la lecture à vue… Comme si j’avais un prof qui me disait :
    – stop, là tu satures, on va prendre un café et après on passera à telle ou telle pratique
    – bon, tu vois, là, ça ne passe pas, on va reprendre calmement mains séparées en baissant le tempo. Quel tempo avais-tu noté hier ? On le baisse un peu, tu vas voir, c’est fructueux
    – oui là c’est bien, mais la transition, on va la travailler, la dernière mesure de la phrase précédente, et la première de celle-ci, seulement

    Etc

    C’est bien car j’ai le temps (avantages / inconvénients de la vie en solo) et donc je peux ressortir de mon cerveau les conseils glanés ici et là, y compris sur ce blog et lors des formations et coachings de Marie-Cécile 😉

    Bonne fin de stage à tous !

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  2. Florence, merci pour votre retour. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui se lancent dans l’apprentissage du piano à l’âge adulte. Si les supports de formation sont aujourd’hui bien plus attractifs que les cours de solfège de mon enfance, la pratique du piano demande un tel engagement… récompensé par le plaisir de jouer (je me souviens de mon premier morceau comme si c’était hier !). La progression se fait par étape, c’est normal, il y a des moments de découragement et de jubilation. Restez motivée et surtout connectée au plaisir.

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  3. Bonjour,
    J’ai lu votre beau témoignage avec plaisir et un certain intérêt.. Effectivement cette expérience me fait envie,car j’ai tant de choses à apprendre néanmoins j’ai commencé le piano tardivement et j’avoue que je rame..parfois je me décourage? C’est pourquoi je réfléchis pour investir dans l’achat d’un pack qui est proposé.Actuellement je prends déjà des cours à Allégro musique, mon prof.est très très bien mais je voudrais avancer un peu plus vite dans l’apprentissage..donc je suis dans une phase de réflexion..Sinon je vous souhaite bonne continuation.

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