Vitesse et légèreté dans Rachmaninoff

Je réponds aujourd’hui à la préoccupation de Frédérique qui travaille le prélude op.3 n°2 de Rachmaninoff, et qui a du mal avec l’Agitato central…

Cela me donne l’occasion d’y parler encore du jeu dans la vitesse. Ah cette vitesse… elle nous donne bien du soucis quand on se focalise dessus ! C’est tellement frustrant d’essayer de se pousser sans succès, comme si on était devant un mur infranchissable !

Dans cette vidéo, je parle de :

  • Encore quelques fondamentaux sur le tempo rapide
  • Quelques conseils de travail spécifiques à ce prélude
  • Des exercices pour la main afin qu’elle gagne en souplesse pour s’adapter aux contraintes de cette écriture.

Et voici le morceau joué par Rachmaninoff lui-même !

 

Travailler le prélude op.3 n°2 de Rachmaninoff

 

 

Bonjour et bienvenue sur le blog apprendre-a-jouer-du-piano.com.

Dans cette nouvelle année 2019, si vous me regardez en janvier 2019, et sinon bienvenue tout court.

 

Aujourd’hui je voudrais répondre à une question de Frédérique.

Frédérique est en train de travailler le prélude op.3 n°2 de Rachmaninoff. Elle a visiblement des problèmes dans l’agitato, la partie centrale.

Je rappelle un petit peu ce que c’est que ce prélude. Il s’agit de celui-ci.

 

Donc c’est un prélude où effectivement il y a une partie centrale qui est assez rapide et justement Frédérique a des problèmes dans cette partie centrale pour aller vite.

 

Elle me dit :

« Je me retrouve très souvent en difficulté avec cet agitato. J’ai beaucoup de mal à augmenter la rapidité tout en restant légère dans mes doigts. »

 

Alors justement souvent ce problème dans cet agitato parce que justement la partie avant et après et très très lente, est très lourde, et d’un seul coup il faut changer complètement de façon de faire au niveau physique et donc de tonicité musculaire.

Je vous conseille Frédérique, pendant toute cette première partie, même si c’est très lent et très lourd, il ne faut pas vous endormir musculairement.

Il faut vous préparer progressivement, au fur et à mesure que la page avance, un petit peu comme les chats avant de sauter. Ils sont très lents. Ils avancent etc, mais à l’intérieur il y a quelque chose qui monte, qui monte, qui monte, et au moment de partir Plaf ! Ils partent comme des fous.

Là c’est pareil.

Vous êtes en train de jouer ça, et en même temps à l’intérieur il y a quelque chose qui monte, qui monte, qui monte musculairement.

 

Alors ce n’est pas une crispation. C’est quelque chose qui va devenir de plus en plus réveillée, de plus en plus éveillée de l’intérieur.

 

C’est difficile à expliquer comme ça en une vidéo…

 

Quand vous arrivez à l’agitato, il y a un travail à faire. Je pars du principe pour cet agitato que vous avez les capacités physiques et techniques d’y arriver. J’espère que vous ne vous êtes pas lancée dans ce morceau alors que c’est très loin du niveau que vous êtes capable d’atteindre.

Ça c’est toujours une chose importante à rappeler.

 

Maintenant je vais rappeler quelques principes que j’ai donné dans une des dernières vidéos de l’année dernière qui était par rapport à la rapidité.

 

Pour cet agitato j’aurais envie de rappeler qu’avant tout :

Il faut déjà entendre les notes au tempo.

Si déjà vous avez du mal à l’entendre tranquillement dans une chaise en regardant la partition, forcément que vos doigts ne devront pas aller plus vite que votre écoute interne.

Ça c’est une chose sur laquelle j’insiste régulièrement.

 

Maintenant, il faut aussi réduire les gestes.

Plus vous allez aller vite, plus il faut réduire les gestes et jouer proche du clavier.

Ce qui est difficile pour la plupart des gens, c’est que dès qu’on réduit les gestes ça devient mou et imprécis et on dit que ça savonne.

Donc c’est quelque chose qui n’est pas facile à acquérir mais il faut vous entrainer à réduire tout en restant précis et réveillé du bout des doigts.

 

Maintenant, ne soyez pas focalisé sur ce problème de vitesse, au contraire.

Vous pouvez, pour travailler la vitesse de cet agitato, le travailler extrêmement lent.

C’est contre intuitif parce qu’on se dit que pour aller vite il faut s’entrainer à aller vite. Oui tout à fait, c’est vrai. C’est évident et logique.

Mais si en parallèle vous ne travaillez pas aussi régulièrement extrêmement lent, vous allez petit à petit rendre les choses de plus en plus imprécises.

 

Donc pour moi :

  • Il faut alterner un travail rapide mais sur des petits passages qui vont devenir de plus en plus grands

Et entre chaque je me repose. Je n’oublie pas ma noire qui est tenue. Et je fais ça temps par temps.

Après je peux faire mesure par mesure. Je me repose. Je reprends.

Vous pouvez le travailler avec ou sans pédale. Sans pédale ça permet d’être bien à l’écoute de toutes les notes. Ecoutez bien les doubles. C’est ça votre débit interne.

Il y a quelque chose de rythmique à suivre.

Si je n’arrive pas à aller jusqu’au premier temps, peut-être qu’il faut que je fasse les 2 derniers temps. Et je me repose entre chaque.

Parce que ça permet de reprendre son souffle. La vitesse pose souvent un problème d’endurance, et l’endurance ça s’entraine.

Quelqu’un qui va faire un marathon demain ne va pas y aller directement. Il va augmenter progressivement le temps de course pour y arriver.

Là c’est pareil. C’est un marathon donc on va aller progressivement, faire de plus en plus de notes rapides.

Mais vous voyez, je suis déjà au tempo, ou quasiment. Je me mets le plus vite possible au tempo.

 

  • Par contre en parallèle je vais travailler lentement mais pas forcément fort.

J’écoute, même à l’avance comment vont sonner les notes, à l’avance. Je vais très lentement, à la base de l’écoute.

Je timbre. J’essaie de faire quelque chose de beau. Ce n’est pas un exercice sans musique.

Je vais extrêmement lent. Je peux même aller encore plus lent que ça.

Quand je dis lent, ça peut être extrêmement lent en prenant conscience de mon corps. Là je le fais en regardant la partition mais je pourrais très bien le faire par cœur après pour vérifier si mon par cœur est un vrai par cœur.

J’écoute à l’avance. J’essaie d’écouter à l’avance.

 

Maintenant, ce travail lent ne doit pas être mou.

Vous ne devez pas être comme ça en pensant à autre chose en se disant qu’on s’ennuie. « Qu’est-ce que c’est lent pff… Elle m’a demandé de jouer lentement mais alors qu’est-ce qu’on s’ennuie… pfiou… Je dors… »

Et musculairement mes coudes tombent etc. Non.

Je vais lentement, mais dedans ça va à toute vitesse. C’est-à-dire que je suis complètement réveillée. Mon doigt va toniquement au fond de la touche, même si c’est doux.

Je suis extrêmement réveillée. Et tout ce que je peux anticiper, de positionnement de doigts, je suis déjà positionnée sur la suite. Vous voyez ?

Hop, mon sol est positionné.

 

A la fois :

  • Vous êtes complètement réveillé physiquement.
  • Vous ne laissez pas tomber vos coudes.
  • Vous êtes suspendue. Vous êtes suspendue au plafond.
  • Vous écoutez.
  • Il se passe plein de choses pendant ce travail-là.
  • Vous n’êtes pas en train de dormir.
  • Vous anticipez toutes les nouvelles positions. Dès qu’il y a un déplacement mon doigt y va tout de suite.

Parce que c’est un travail lent mais où il va y avoir tous les gestes du rapide dedans. Quand vous voulez aller rapidement il faut anticiper tous les gestes.

Donc même lentement vous allez anticiper. Et ces gestes par contre d’anticipation vont être extrêmement rapides.

S’il y a un déplacement, je suis positionnée directement. Mes notes arrivent lentement, par contre mes doigts se préparent à l’avance et sont pas lents.

  • Vous devez être confortable sur chaque note dans ce travail-là.
  • Vous alternez avec des moments où vous allez travailler très vite.

Vous vous reposez.

On s’entraine vite, lent, mais réveillé, vite. Quelque part, vite je lâche plus que lentement. Je lâche prise beaucoup plus que lentement où je suis en train de tout surveiller, de tout regarder au lieu de penser à ce que je dois faire demain.

 

 

Là je me suis concentrée sur :

  • Entrainer la vitesse
  • Entrainer le confort
  • Garder ce confort dans la vitesse

 

 

Maintenant bien sûr ce morceau, cet agitato, il faut que vous le compreniez de l’intérieur.

  • Donc il faut travailler les voix séparées. Pas mains séparées.

Pour moi ce n’est pas très intéressant ici mais plutôt que la plainte avec la basse. J’ai retiré les croches du centre. Et je peux travailler mes croches toutes seules.

  • J’essaie qu’elles soient égales.

Quand je veux chercher à être égale j’essaie de me concentrer sur le petit bruit « tac » du marteau qui doit être toujours le même sur chaque corde.

Dans cette mesure-là, on est troublé par le haut. C’est une mesure qui n’est pas du tout facile, pas agréable.

Il faut donc vraiment travailler peut-être cette partie-là en aller-retour entre les notes.

 

Il y aurait beaucoup de choses à dire mais là je vous donne des petites choses quand j’y pense.

  • Les voix séparées
  • Les croches séparées

 

Autre chose, travailler par accord rapidement justement.

Parce qu’il faut que votre main ait une position en partant qu’il va falloir qu’elle adopte le plus tôt possible, dès que la première note, dès que la noire arrive, tous les doigts doivent être positionnés sur les notes suivantes.

Donc par accord.

Vous jouez toutes les notes comprises dans un temps.

Quand vous ne pouvez pas, parce que moi j’ai une grande main, mais quand vous ne pouvez pas vous faites un arpégé. Ce n’est pas grave.

Ne travaillez pas fort. N’épuisez pas vos bras non plus à jouer trop fort.

 

C’est plus une précision qu’une force qu’il faut avoir.

 

Je pense que ça peut être utile aussi que :

  • Vous travailliez votre technique un petit peu en dehors de ce morceau.
  • Travailler un petit peu vos gammes pour réveiller vos doigts.
  • Concentrez-vous sur le bout de votre petite phalange du bout du doigt qui doit vraiment accrocher la touche pour qu’ils soient bien réveillés.

 

Un petit exercice en dehors du piano auquel j’ai pensé.

Là-dedans il y a beaucoup de moments où vos doigts travaillent en latéralité. C’est-à-dire qu’ils doivent travailler comme ceci. Il y a beaucoup d’écartement l’air de rien dans cet agitato. La main se retrouve avec des positions comme ceci par exemple.

Donc il faut travailler les doigts en latéral.

Je vous conseille de mettre la main à plat et il faut que vos doigts aillent de gauche à droite comme ceci.

Vous essayez de travailler vos doigts en latéralité gauche – droite, le plus possible.

Vous pouvez aussi travailler l’écartement de vos doigts, l’étirement de vos doigts en respirant bien.

Faites attention, ce sont des petits os, des petits ligaments, des petits muscles. Donc il faut y aller doucement.

Etirez bien entre vos doigts. Etirez bien le pouce comme ceci. Etirez bien toute la main en vous mettant sur le coin d’un meuble. Bien étirer à l’intérieur de la paume. Il faut que votre main gagne le plus possible en souplesse et soit capable après en latéralité.

Après est-ce que vous arrivez à ce que vos doigts bougent comme ça ?

C’est extrêmement important dans cet agitato, notamment à la main droite bien sûr.

 

 

Donc voilà, je pense avoir fait le tour de ce que je pourrais dire si je vous avais en cours.

Bien sûr je ne vous connais pas Frédérique, donc il pourrait y avoir des choses sur lesquelles je passe à côté.

Il faut faire bien attention que ce morceau ne soit pas trop loin de votre niveau pour qu’il ne vous décourage pas.

D’accord ?

Faites attention parce que ça fait partie des tubes du piano classique. Donc je me méfie toujours quand quelqu’un me parle d’un tube, je me dis « Est-ce qu’il la prit parce qu’il aimait ce tube et qu’il n’a pas l’avis d’un professeur et ne sait pas si c’est de son niveau et s’est lancé comme ça ? Ou est-ce que réellement il a la possibilité et la capacité maintenant qui n’est pas trop loin du niveau du morceau et donc il va pouvoir se hisser à ce niveau-là »

 

Il faut bien comprendre que si vous êtes trop loin, c’est trop décourageant et vous ne pourrez pas. Alors que pendant ce temps-là vous pourriez faire d’autres morceaux plus faciles qui vous font travailler les mêmes éléments mais beaucoup plus de morceaux différents, et qui pourraient vous amener petit à petit à ce morceau-là.

 

Donc ne restez pas non plus des mois sur ce morceau-là. Si ça n’avance pas, lâchez-le, mettez-le de côté, faites une liste des morceaux que vous aimeriez absolument jouer, et mettez-vous sur d’autres morceaux qui vont faire travailler les mêmes éléments mais avec un niveau un peu plus facile, et changez. Changez de morceau. Mangez de la musique.

Il ne faut pas rester sur un ou deux morceaux dans l’année, mais au contraire multiplier les expériences musicales.

Et chacune des expériences va vous aider à monter progressivement vers là où vous voulez aller.

 

 

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Merci beaucoup, au revoir à tous !

 

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2 réflexions au sujet de « Vitesse et légèreté dans Rachmaninoff »

  1. Bonjour,

    Je débute, le piano est là, il a pris le temps d`attendre le budget … 30 ans … la guitare m`a fidèlement accompagnée jusque là …
    Je suis tombé sur votre blogue après quelques jours de recherche pour trouver ce logiciel de dictée tellement ça me paraissait évident que ça devait exister … on apprend bien des langues … donc merci pour note rush.
    Et puis j ai regardé cette vidéo cours complètement hors sujet et surréaliste pour un débutant comme moi mais pourtant trés instructive et trés claire. Je n ai pas perdu mon temps. Excellente pédagogie. Travailler lentement, se déplacer, vite, forcer la pleine conscience, chercher la musique, la chanter, … trés bon, …. j‘ai adoré. Merci.
    Je reviendrai … pas tout de suite …

  2. Bonjour,

    Ce qu’il y a, c’est que l’on peut passer quelque fois des semaines sur une seule main (et lentement) sur à peine quelques lignes (et ce en priorité : on s’attaque d’abord aux difficultés).

    Et l’on n’a pas l’impression d’avancer…

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