Interview d’Alan Fraser à Musicora 2017

Je vous présente aujourd’hui une interview d’Alan Fraser réalisée à Musicora en avril 2017. Il s’agit de quelqu’un qui s’est beaucoup penché sur l’aspect corporel de la technique du piano afin qu’elle soit la plus physiologique possible.

Monsieur Fraser est un pianiste et pédagogue canadien. Il est l’auteur de nombreux livres sur la technique du piano en langue anglaise :
– L’art de toucher le piano (non traduit)
– Affiner l’image du soi pianistique (traduit en français et disponible en librairie)
– Nos deux mains gauches : la technique du piano bien coordonnée (traduit en français)
– L’Etre-là au piano : Transformer l’image du soi pianistique (non traduit).

Sites d’Alan Fraser :
http://www.alanfraserinstitute.com/index-french.php
https://app.pianotechnique.org/

 

 

Transcription texte de l’interview d’Alan Fraser

MUSICORA 2017

 

 

Marie-Cécile :

Bonjour Alan Fraser, je suis très contente aujourd’hui de pouvoir présenter votre livre que je découvre complètement sur Musicora.

Il s’agit du livre « Affiner l’image du soi pianistique, Le squelette en acte dans la technique du piano ».

Donc vous avez écris plusieurs livres. Présentez-vous un petit peu. Qu’avez-vous écrit de manière générale ?

 

Alan Fraser :

Bonjour, celui-ci c’est le deuxième livre de la série qui s’appelle « La technique de piano naturelle et artistique ».

Le premier c’est « L’art de toucher le piano ». C’est un titre qui évoque l’art du piano de Heinrich Neuhaus.

J’ai essayé, avec ce livre, de faire comprendre les principes de Neuhaus et de montrer aux gens comment le faire en pratique.

Parce qu’ils disent que ce sont des choses géniales mais ce n’est pas du tout évident de réussir.

Alors il y a besoin :

  • D’exercices pratiques
  • D’une explication de la structure
  • De comment fonctionne la main

C’est ça qui va rendre possible, pour le pianiste, de faire ces changements dans un même air, pour que la technique soit plus puissante, flexible, qu’il y ait plus de sonorité orchestrale au piano, et une mélodie qui n’est pas toujours la même phrase. Mais avec une inflexion individuelle pour chaque mélodie. Il y a un caractère pour chaque mélodie.

Alors il faut une sorte d’indépendance qui vient d’une puissance, d’une stabilité et une capacité de bouger dans la main.

  • Dans le premier livre : le focus c’est la structure et la fonction de la main.
  • Dans le deuxième livre : c’est vraiment cette structure qui est relativement solide et stable dans un état d’équilibre instable.

 

Marie-Cécile :

Oui en mouvement.

 

Alan Fraser :

Oui l’équilibre instable c’est la base, c’est le principe du mouvement lui-même. Nous sommes les seuls à être sur 2 jambes et non sur 4 jambes. Il faut donc équilibrer ce système très sophistiqué pour être vertical sans être fixé mais sans perdre balance.

Alors je mets ce joint comme une cheville, celui-là comme un genou, celui-là comme une hanche, et je donne des exercices qui rendent cette hanche de la main le joint le plus important pour une structure d’être puissant sans être rigide.

Les gens qui ont lu mon premier livre ont dit « Oh oui j’ai tout compris dans votre livre ! » Et maintenant c’est solide. Mais ça doit bouger. Alors il y a des nécessités pour ces exercices.

 

  • Après ce livre il y en a un troisième qui s’appelle « Nos deux mains gauches ». C’est un livre complètement sur le pouce.

Parce que le pouce a une relation très spéciale avec les doigts. C’est le mouvement d’une position qui rend la main puissante et élastique à la fois.

  • Et il y aura un quatrième qui va sortir dans lequel je mets la main sur le pont pour avoir une expérience sensorielle comme un bébé dans l’année avant qu’il se lève.

Les bébés bougent pour se déplacer, sans nécessité de rester debout.

Le pianiste, le premier jour debout, a une raison d’être tendu. On essaie toujours de rendre une expérience sensorielle de la main avec un geste musical. Pas seulement la technique. Mais la technique liée avec une sonorité. Avec un caractère.

C’est très difficile de mettre les choses comme ça en mots. Il faut essayer parce que quand on voit comment les pianistes jouent, avec beaucoup de dextérité, d’agilité, de mécaniques, mais ils manquent d’art. ils manquent d’âme. Et je pense qu’on peut trouver une façon de lier le corps avec le clavier dans une façon plus sophistiquée, organique, on peut dire biologique même.

 

Marie-Cécile :

Plus physiologique en rapport avec comment on est construit.

 

Alan Fraser :

Exactement. Alors c’est un essai.

 

Marie-Cécile :

D’accord. Et justement vous présentez souvent votre façon de voir, votre vision, dans des stages par exemple ?

 

Alan Fraser :

Oui il y a l’institut. J’en ai 3 ou 4 chaque année en France et aussi au Canada, aux Etats-Unis, en Hollande, en Allemagne.

 

Marie-Cécile :

D’accord donc vous faites un petit peu le tour du monde et vous présentez votre façon de voir.

 

Alan Fraser :

Oui parce que je suis praticien dans l’institut de piano, et dans les instituts on fait ce genre de leçons pour avoir une sensation de cette idée, de cette réalité.

Le squelette en acte. Alors si on le ressent dans tout le corps, on a plus de chance de sentir dans ce petit corps, la main, sur le piano.

C’est une reformation de tout le système neurologique en tout cas.

 

Marie-Cécile :

D’accord. Donc vous, vous êtes pianiste. Et vous venez de quel pays ?

 

Alan Fraser :

Je suis canadien-anglais, qui vient de Montréal.

 

Marie-Cécile :

D’accord. Si quelqu’un voulait commencer à s’intéresser à vous, par quel livre vous lui conseilleriez de commencer ?

 

Alan Fraser :

  • Il y a un DVD « The craft of piano playing » qui a déjà les sous-titres français.

Mais le livre « L’art du piano » n’est pas encore traduit en français.

  • Le livre « Nos deux mains gauches » est déjà disponible.

Quelque soit le livre :

  • La personne vient avec une main complètement rigide. Elle doit se relâcher, voire même faire un exercice pour le bras.
  • Quelqu’un qui est complètement sans structure, trop relaxé, doit faire l’opposé.

Il faut lire, sentir. « De quoi j’ai besoin maintenant ? »  Ces livres sont utilisés dans les cours d’universités aux Etats-Unis comme le bien-être dans le mouvement au piano. Il y a des profs qui utilisent ce livre « Affiner l’image du soi pianiste » comme premier livre.

C’est possible de commencer avec celui-là.

 

Marie-Cécile :

D’accord. On le trouve dans toutes les librairies ?

 

Alan Fraser :

Ça va être disponible d’ici quelques jours dans toutes les librairies ou sur le site Editions Delatour.

 

Marie-Cécile :

Dans ce livre là en particulier, on a des exercices de prises de conscience dans le mouvement, de la structure avec des dessins.

 

Alan Fraser :

Oui il y a des exercices illustrés pour expérimenter sensoriellement la main avant.

 

Marie-Cécile :

Donc des exercices qui sont en dehors du piano.

 

Alan Fraser :

Oui. En dehors du piano. Et ensuite des exercices sur le piano. C’est un exercice de Franz Liszt pour que la main fasse comme les rayons d’une bicyclette.

 

Marie-Cécile :

Est-ce qu’on peut les faire tout seul ?

 

Alan Fraser :

Oui. J’ai essayé vraiment de le faire assez clairement. Il y a un cycle aussi avec des vidéos qui s’appelle pianotechnique.org.

Il y a beaucoup de leçons en français. On peut regarder les principes de ces livres en action liés avec une composition.

Ça montre comment faire les exercices. Nous avons un projet pour faire une petite illustration vidéo de chaque exercice.

 

Marie-Cécile :

J’ai vu qu’il y a aussi des extraits de partitions donc les exercices sont liés à des œuvres précises.

 

Alan Fraser :

Oui il y a une liste d’exemplaires musicaux.

 

Marie-Cécile :

C’est illustré aussi musicalement. Parce que souvent ce qu’on reproche aux gens qui s’occupent du corps c’est qu’ils oublient la musique.

 

Alan Fraser :

Exactement. C’était le plus grand danger et j’ai toujours conscient d’éviter ce danger.

 

Marie-Cécile :

Le but n’est pas de bien bouger, mais de produire du son. C’est pour ça que je voulais qu’on précise qu’il y avait aussi du répertoire. Le but est quand même le son et pas juste une belle chorégraphie.

 

Alan Fraser :

C’est central. On pense toujours que c’est une pratique artistique liée avec la musique, avec l’inflexion, une corrélation d’une harmonie.

Il faut de temps en temps parler de la main en isolation. Mais après il faut aussi lier.

 

Marie-Cécile :

Et bien merci beaucoup d’avoir parlé de ce livre !

 

Alan Fraser :

C’est avec plaisir.

 

Marie-Cécile :
Foncez chez les libraires ! Merci et au revoir.

 

Alan Fraser :

Merci et à bientôt.

 

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