André Manoukian nous parle !

C’est avec beaucoup de joie que je vous offre ce moment partagé avec André Manoukian, le dimanche 30 avril 2017, après le concert « De l’Orient à l’Occident » donné à Musicora à Paris. Avec beaucoup de simplicité et de gentillesse il m’a accordé du temps, alors qu’il était attendu par ses amis pour se restaurer… Merci à lui !

André Manoukian est un pianiste français de jazz et très polyvalent. Il est également compositeur, auteur et même acteur. Il est bien connu du grand public pour sa participation à l’émission de télévision « La nouvelle star » sur M6 puis C8 (anciennement D8), ainsi qu’à « La vie secrète des chansons« . Il a créé dernièrement le festival de jazz Cosmojazz à Chamonix. Il intervient actuellement sur France Inter dans l’émission « Les routes de la musique » sur l’histoire de la musique, tous les samedi à 17h, dans laquelle il nous donne de merveilleuses petites leçons de piano à sa manière (voir sélection en dessous de la vidéo). Il est au coté de Jean-François Zygel dans « La grande nuit du piano« .

Pour en savoir plus sur André Manoukian et apprendre de lui, je vous propose une petite sélection de ses « leçons de piano » sur France Inter :

Les notes qui s’aiment.

La grande note commune.

Le silence c’est de la musique.

L’improvisation.

L’ extase ou sortir de la gamme.

Quand les textes chantent.

Ses livres :

Transcription texte de la vidéo :

Marie-Cécile :

Bonjour André Manoukian. Je suis très contente de vous interviewer aujourd’hui.

On vient de vivre un concert vraiment extraordinaire qui nous a fait vraiment voyager.

Moi je suis pianiste et j’ai un blog sur le piano qui s’appelle www.apprendre-a-jouer-du-piano.com.

Je suis très touchée, toujours, par ce que vous faites depuis plusieurs années. Parce que je vois que vous êtes très investi dans tout ce qui est pédagogique, vous donnez des émissions sur France Inter, « La leçon de piano » etc, et je trouve que votre façon d’aborder la musique est vraiment, pour moi, très agréable.

Vous essayez vraiment de démocratiser tout ça. Moi ça me touche beaucoup parce que je suis professeur de piano, je suis issue du monde classique. Et je trouve que dans ce monde on est souvent très fermé. C’est les classiques d’un côté, le jazz de l’autre. Il y a ceux qui sont dans les conservatoires, qui sont des gens qui sont biens, et puis les autres à côté. Voilà, je suis contente de vous poser quelques questions aujourd’hui.

Donc vous avez une émission de radio qui s’appelle « La leçon de piano ». C’est le samedi c’est ça ?

 

André Manoukian :

Alors ça s’appelle « Les routes de la musique », tous les samedis à 17H00 sur France Inter. Et à l’intérieur il y a une petite leçon de piano, qui dure entre 5 et 10 minutes effectivement, qui a toujours un rapport avec le thème évoqué.

 

Marie-Cécile :

D’accord.

 

André Manoukian :

Quand je parle de la musique des égyptiens j’essaie de faire une leçon sur, par exemple, comment sonne un piano circoncis. C’est un peu des challenges à chaque fois. Je ne les prépare pas. Elles sont complètement improvisées. Et j’essaie de faire passer des choses.

Comment est-ce qu’on peut sortir de son corps en musique ? C’est l’extase. En grec stase c’est le corps, ex on sort de son corps. Donc je dis par exemple « On va sortir de la gamme ».

Ou alors quand je parle d’harmonie. La plus belle phrase c’est celle du petit Mozart à 3 ans qui disait sur son clavier « Je cherche les notes qui s’aiment. ».

Donc il y a des rapports entre les notes. Des notes qui s’aiment et des notes qui se détestent. Celles qui sont très proches, quand on les joue ensemble ça frotte, ce n’est pas beau. Donc il faut qu’il y ait un petit peu d’air. Un petit peu comme dans les couples.

Marie-Cécile :

D’accord donc toujours les règles et sortir des règles à partir du moment où on les connait.

 

André Manoukian :

Exactement.

 

Marie-Cécile :

C’est là où la musique prend vie, et où on vit soi-même en dehors des règles.

 

André Manoukian :

Exactement. Mais tout à l’heure vous disiez que vous venez du monde classique, et qu’il y avait les classiques et les autres. Moi mon combat c’est vraiment de réunir les deux. Pourquoi ? Parce qu’ils ont toujours été réunis.

Pour moi le premier jazzman c’est Jean-Sébastien Bach. Beethoven improvisait. Mozart improvisait. Ils improvisaient tous. Chopin improvisait. Quand vous entendez une sonate…

 

Marie-Cécile :

Voilà, le monde de l’improvisation. Pourquoi ça s’est arrêté ?

 

André Manoukian :

Il parait que c’est une volonté, vers le 19ème siècle. Parce que quand les orchestres deviennent de plus en plus gros, il faut qu’il y ait l’autorité du chef qui se fasse. Les orchestres baroques improvisaient à plusieurs.

Tout à l’heure on parlait de la musique en Orient, où les gens improvisaient à plusieurs. Les orchestres baroques faisaient des impros collectives. Ils se donnaient des cadences à la figure. On fait une plagale, on fait une sicilienne.

Dans une cadence il y avait à la fois la notion de rythme et la notion d’harmonie.

Donc les gars ils y allaient. Quand vous décortiquez finalement une fugue de Bach, vous apercevez qu’il y a des règles. Mais ces règles il suffit de les savoir.

Y’en a un qui lance un sujet, un thème, et puis ensuite qu’est-ce qui se passe ? Le sujet est transposé à la quinte. Et puis ensuite on fait la basse à la quinte mais une octave en dessous. Et puis le sujet va répondre. Et puis on va faire un contre-poids.

 

Marie-Cécile :

C’est un dialogue permanent.

 

André Manoukian :

C’est un dialogue permanent avec des codes. Et puis tout d’un coup on a arrêté ça. Et la musique, elle n’aime pas qu’on l’enferme.

Donc comme c’est au 19ème siècle, elle a traversé l’Atlantique, et elle est devenue le jazz pour prendre de l’air un petit peu. Et aujourd’hui, c’est simplement aujourd’hui, y’a pas si longtemps que ça, que les deux sont en train de se réunir à nouveau.

 

Marie-Cécile :

Il y a de plus en plus de pianistes qui font les deux.

 

André Manoukian :

Voilà, tout ça pour quoi ? Parce que ça fait 20 ans qu’il y a des écoles de jazz maintenant dans les conservatoires, et qu’enfin on réunit les 2 sons.

 

Marie-Cécile :

Et on revient à l’improvisation. Moi je trouve très dommage aussi que l’improvisation soit toujours liée qu’au jazz. J’aimerais bien que ça gagne un petit peu tous les styles. On n’est pas obligé non plus d’avoir un style. On peut improviser sans style. Je trouve très dommage que dans les conservatoires on soit toujours à apprendre à lire, à apprendre quelque part à lire une langue sans savoir la parler.

 

André Manoukian :

C’est comme si vous et moi on avait cette conversation-là en lisant le texte de quelqu’un d’autre. C’est comme si on n’arrivait pas à s’exprimer. Vous vous rendez compte ? L’idiotie du truc. C’est horrible.

 

Marie-Cécile :

C’est ça oui.

 

André Manoukian :

Moi souvent je rencontre des musiciens classiques qui me disent « Mais comment tu fais ça ? » Ils ont une technique de dingue. Moi je rêverais de jouer comme eux. Et eux disent « Je suis bloqué derrière mon instrument. »

 

Marie-Cécile :

Oui c’est ça le problème. Mais c’est la formation qui est comme ça. Alors ceci-dit, on va de plus en plus vers autre chose.

 

André Manoukian :

Oui heureusement.

 

Marie-Cécile :

Mais c’est vraiment qu’il y a besoin de secouer vraiment le cocotier. Et vous faites partie des gens qui secouent le cocotier. Donc je suis très contente.

 

André Manoukian :

On va le secouer ensemble.

 

Marie-Cécile :

Voilà !

Je sais que vous faites bientôt une nuit du piano je crois, avec Jean-François Zygel, que je suis aussi beaucoup et que j’aime beaucoup. Que j’aimerai bien un jour rencontrer d’ailleurs.

 

André Manoukian :

Exactement.

 

Marie-Cécile :

Cette nuit, parlez-nous en un petit peu. C’est une nuit à Évian c’est ça ?

 

André Manoukian:

C’est pareil, c’est la nuit de l’improvisation. Jean-François Zygel est un des rares pianistes classiques qui pratique l’improvisation.

 

Marie-Cécile :

C’est en ça qu’il m’intéresse beaucoup.

 

André Manoukian :

Il improvise d’une manière classique. Enfin classique, encore une fois, je déteste le terme. C’est idiot.

 

Marie-Cécile :

Oui c’est faire rentrer des choses dans les cases.

 

André Manoukian :

C’est idiot mais simplement avec tout le vocabulaire de la grande musique savante, il sait s’en servir pour construire des cadences. Et nous deux on fait des battles, des pianos imbriqués l’un dans l’autre, et il attaque. Il a des espèces de rythmiques à la Stravinsky. Et moi j’adore jouer sur son assise, parce qu’il a beaucoup d’assise. Et puis je dirais qu’il a de la conversation.

 

Marie-Cécile :

Oui de la conversation musicale.

 

André Manoukian :

Exactement, de la conversation musicale.

André Manoukian et Marie-Cécile Baritou

 

Marie-Cécile :

Il me semble avoir entendu que vous donniez des cours aussi dans une école de musique en ligne.

 

André Manoukian :

Oui j’ai fait ça. Ça s’appelait « IMusic-School ».

 

Marie-Cécile :

Vous pensez que les nouvelles technologies peuvent apporter à ce niveau-là aussi comme ouverture ?

 

André Manoukian :

Bah oui, parce qu’on est moins coincé qu’avec un prof. Parfois le prof fait un truc et vous faites semblant d’avoir compris, vous n’avez pas compris. Là vous êtes tout seul avec votre tuto, et vous pouvez vous le défiler.

 

Marie-Cécile :

Voilà, en étant libre de le faire.

 

André Manoukian :

Exactement. Et en plus de ça on a le regard, on a les caméras qui sont bien foutues sur les doigts. Du coup on se rappelle beaucoup plus que quand quelqu’un nous montre.

 

Marie-Cécile :

Et oui c’est ça.

Vous vous êtes beaucoup intéressé au chant avec « La nouvelle star » etc, et puis j’ai bien vu là au concert, c’est vraiment votre histoire le chant. Et tout ce qui est coaching et pédagogie avec ces chanteurs, il y a une question que je me pose depuis très très longtemps.

Pour vous, c’est quoi la différence entre un coach et un professeur ?

 

André Manoukian :

Belle question !

  • Un coach c’est quelqu’un qui vous accompagne, qui vous prend un petit peu. La vraie définition ce serait qu’il vous prend alors que vous savez déjà vous exprimer, mais simplement il vous dirige, il vous cadre. Le numéro 1 du tennis mondial a un coach.

On a besoin de quelqu’un qui a un regard sur nous et qui nous dirige. Moi-même j’en ai repris un. C’est un jeune pianiste qui s’appelle Jérémy Hababou, et qui a des trucs que j’avais pas.

Donc quand il est venu me demander un coup de main pour que je l’aide un petit peu, quand je l’ai vu jouer je lui ai dit « C’est toi qui va m’en filer, on va faire un échange de bons procédés. Moi je veux bien parler de ta musique, mais toi tu vas me filer des cours en échange. »

J’avais envie d’ouvrir un petit peu mon truc. Donc c’est ça un coach. C’est quelqu’un qui a un regard sur vous et qui vous choppe.

  • Un professeur, c’est quelqu’un qui vous apprend la technique, qui peut vous prendre du début, et qui est dans un enseignement qui ne tient pas compte de l’élève. C’est-à-dire qu’il y a un chemin, et tous les élèves doivent prendre ce chemin.

Je ne suis pas en train de critiquer, au contraire. Mais simplement y’a un savoir.

  • Le rôle du professeur c’est de transmettre ce savoir.
  • Le rôle du coach c’est d’accompagner un musicien, un danseur, qui vous voulez, dans son rapport avec ce savoir.

 

Marie-Cécile :

Ah oui d’accord. Parce que moi des fois je ne sais plus très bien où je me situe entre les deux justement. Donc je suis contente de l’entendre dire.

Et bien écoutez, merci beaucoup de nous avoir donné un petit peu de temps. Longue vie à toute cette musique, et puis aussi à l’enseignement français. J’espère que ça va vraiment foisonner.

 

André Manoukian :

Exactement, on a un petit retard par rapport aux autres pays de l’Europe. En France vous savez qu’il y a juste 7% des gens qui pratiquent un instrument. En Angleterre ou en Allemagne c’est 15%. Donc on a des trucs à rattraper.

 

Marie-Cécile :

Ah oui. Donc vous pensez qu’en France il y a besoin vraiment ?

 

André Manoukian :

Ah oui il y a besoin. Mais c’est en train de venir. Et d’ailleurs c’est un peu grâce à vous. Je vous remercie.

 

Marie-Cécile :

Je vais faire en sorte de faire monter le pourcentage.

Merci beaucoup ! Au revoir !

 

André Manoukian :

Au revoir !

André Manoukian et Marie-Cécile Baritou

 

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