Des règles en or pour la recherche de doigtés

Devenir capable de chercher soi-même des doigtés pour le morceau qu’on est en train d’apprendre est une libération pour le pianiste. En effet il n’est plus dépendant d’un professeur ou d’une édition particulière. Au cours de mes dizaines d’années de pratique et d’enseignement, j’ai appris et repéré des astuces, des règles de savoir faire précieuses sur ce sujet. Je vous en livre ici quelques-unes.

Je rappelle pour ceux qui ne le sauraient pas, qu’un doigté est un petit chiffre au dessus ou en dessous de la tête de note qui indique quel doigt doit jouer la note. On compte de 1 à 5 en partant du pouce aux deux mains.

Illustration de ce qu'est un doigté

Cet article fait suite et approfondit le précédent article “Introduction à l’art du doigté”, que je vous invite à lire si ce n’est pas déjà fait.

L’art du test :

Devenir un expert en recherche de doigtés demande d’accepter de tester avant d’adopter et donc d’apprendre (ou plus exactement au même moment, comme nous allons le voir plus loin). Souvent on va répéter un morceau sans vérifier que les doigtés nous conviennent. C’est dommage car on se prive de la possibilité d’apprendre de manière active et donc bien plus efficacement.

N’oubliez pas non plus qu’essayer un doigté c’est essayer le geste auquel il correspond, comme je l’ai expliqué dans mon article sur l’introduction aux doigtés.

Mais pour bien essayer il faut respecter certaines règles qui vont vous paraitre contre-intuitives :

  • Toujours tester avec le jeu les deux mains ensembles
  • Toujours faire son possible pour être au plus proche du tempo souhaité au final

Petite parenthèse :

Oui oui je sais… je vous entends déjà dire : ” mais je peux pas le jouer encore mains ensembles et au tempo puisque je commence à l’apprendre ! ” Ce à quoi je vous répond bien sûr ! Vous ne pouvez pas jouer le morceau avant de savoir le jouer. C’est une évidence. Cependant, lorsque vous cherchez le doigté, vous n’êtes pas sur l’ensemble du morceau, mais seulement sur quelques notes. En tout cas je l’espère pour vous car ce ne sera pas très productif. Donc il est toujours possible de jouer les deux mains ensembles et au tempo un micro-passage, un mot, une syllabe musicale.

 

Tester mains ensemble :

Alors pourquoi mains ensemble ? Parce que le jeu de l’autre main peut considérablement changer la donne en terme de coordination. Il arrive que l’on trouve un doigté très bien à une main lorsqu’elle est seule, mais que ça ne fonctionne pas bien si l’autre joue simultanément. Certains enchainements simultanés posent des difficultés de mauvaise association.

Jouer mains ensembles

Tester au tempo :

Là également vous ne pouvez pas jouer le morceau à la vitesse puisque vous ne le connaissez pas encore. Mais vous pouvez surement faire de minuscules parties (des mots ou des syllabes musicales). L’important est d’avoir l’élan, l’énergie du tempo final pour avoir le bon geste et chercher le son approprié.

 

La recherche de doigté, une démarche active :

Loin d’être une perte de temps, la recherche du doigté par la personne qui va réellement jouer le morceau est un cadeau qu’il se fait. Il s’offre les bénéfices d’une démarche active. Lorsqu’il laisse son professeur chercher pour lui, et surtout sans lui, et qu’il n’essaie pas de comprendre le pourquoi de tel ou tel doigté, il se tire une balle dans la main. Je pense que l’idéal est que l’élève cherche un peu par lui-même puis qu’une personne plus expérimentée que lui ai un regard sur ce qu’il propose. Une discussion sur pourquoi celui-ci ou celui-là est indispensable pour rendre le futur pianiste autonome… mais je m’éloigne là vers mes opinions de pédagogue, ce qui n’est pas le sujet premier de cet article.

Chercher-les-doigtés-avec-son-professeur

 

Etre actif donc vous permet de créer une relation émotionnelle avec le passage travaillé. Or tous les spécialistes de la mémoire vous le diront, pour qu’il y aie mémorisation, il faut qu’il y aie de l’émotion. Le fait de faire une recherche le meilleur doigté pour vous et ce que vous souhaitez obtenir comme son va vous faire apprendre le passage par cœur sans même que vous ayez à faire le moindre effort conscient en ce sens.

Donc ne pas séparer la recherche de doigtés du travail d’apprentissage est un facteur clé. Les deux doivent absolument été fait simultanément. En testant vos doigtés, vous regardez vos doigts, vous ressentez, vous écoutez, et en faisant cela vous êtes déjà en train de répéter non ? l’apprentissage a donc déjà commencé. Vous vous appropriez le morceau, vous devenez plus que simple exécutant, vous prenez réellement part à la création de l’oeuvre entre vos doigts.

Jusqu’à présent nous avons parlé de la recherche. Un fois que le doigté est choisi, la pratique et l’expérience de ce doigté doit confirmer qu’il est bon. La plupart du temps tout va bien, mais il peut arriver qu’il y aie besoin de revenir sur ce choix.

Savoir être flexible :

Ce qui doit vous alerter, c’est quand un passage ne passe toujours pas bien au bout de quelques jours de pratique. Il est important dans ce cas d’accepter de remettre en cause le choix de doigtés. N’oubliez jamais qu’apprendre un morceau n’est pas une histoire intellectuelle. C’est de votre pratique, de votre expérience du morceau dont il s’agit. Comme la relation qu’on peut avoir avec une personne. Parfois tout se passe bien, et parfois il y a des difficultés, des heurts. Et là on se doit de rester flexible, changer de façon de faire, se remettre en question. Pour les passages techniques qui ont du mal à passer ou à rentrer dans votre mémoire, remettre en question le doigté peut être une bonne première étape.

 

Jouer une partition

 

Un bon doigté est un doigté choisi pour favoriser la suite :

Un doigté particulier est la plupart du temps choisi plus pour les besoins de ce qui va être joué, plutôt que ce qui vient d’être joué. Il anticipe ce qui arrive après. Donc si une proposition vous semble bizarre, lisez la suite car son pourquoi s’y trouve certainement. Mais là on retrouve encore l’importance de la lecture à l’avance, la vision globale du mot ou de la phrase musicale comme en déchiffrage.

Une bonne astuce parfois lorsqu’on a du mal à trouver un doigté est de partir à reculons. Ceci notamment lors des traits techniques.

Un bon doigté doit permettre d’anticiper tout ce qui peut l’être. Il oriente la main, le(s) doigt(s) dans la bonne direction pour rendre la suite plus confortable, plus simple de conception.

Anticiper la suite

Lui aussi il anticipe

Le cas de deux passages équivalents mais transposés :

Lorsque vous avez dans le même morceaux deux passages à l’identique mais transposés, il peut être utile de trouver un doigté qui aille pour les deux, ce qui évitera des problèmes de mémoire.

Pour ceux qui le ne savent pas, la transposition est le fait de reproduire à l’identique une mélodie, un accompagnement, de manière partielle ou complète mais en partant d’une autre note ou tonalité de départ.

Là je vous entends dire peut-être : oui mais est-ce vraiment important ?

oui ça l’est, en tout cas d’être prévenu que ça l’est 🙂 car vous pourriez un jour vous mettre à faire des fausses notes dans l’un des deux passages sans comprendre pourquoi… je vois ça régulièrement. C’est votre mémoire kinesthésique qui vous joue des tours. Sans que vous vous en rendiez vraiment compte votre main reproduit (ou est tenté de reproduire) la séquence de doigté de l’autre passage.

Bien sûr ce n’est pas toujours possible, car la transposition a une fâcheuse tendance à mettre des touches noires à des endroits différents ce qui oblige à déplacer la position des pouces (on évite le plus souvent de les mettre sur ces touches). Mais pas toujours ! Et parfois il peut-être préférable de mettre un pouce sur touche noire plutôt que de risquer une confusion.

Mettre les pouces sur une touche noire

 

Maintenant pour mettre en pratique tout ce qui a été dit précédemment, il y a un pré-requis indispensable…

Une bonne lecture, condition indispensable de l’art du doigté :

Une bonne lecture permet de savoir exactement où l’on en est sur la partition. De transformer le cerveau en véritable dirigeant des opérations et la partition devient le tableau de bord, le repère qui vous sauve de l’aléatoire, de la confusion. Combien de pianistes amateurs se laissent entraîner par leur doigt et leurs automatismes sans été capables de pointer du doigt sur la partition l’endroit, la note exacte qu’ils sont en train de jouer…

L’effet pervers de la chose, c’est qu’ils sont prisonniers d’un automatisme sans fin qui les empêchent d’apprendre véritablement, de connaître dans leur cœur (par cœur pour de vrai) leur morceau dans les moindres recoins. Ce par cœur qui ne craint pas le changement de piano, la mouche qui passe ou la présence d’une tierce personne. Vous voyez de quoi je parle ? 🙂

Près à expérimenter ? Alors à vos partitions !

Sortez vos crayons ET vos gommes, écrivez, raturez, gommez, testez, jouez, régalez et … lisez lisez lisez…

 

Si cet article vous a ouvert des horizons, partagez-le sur les réseaux et à tous vos amis pianistes. A bientôt !

Recherches utilisées pour trouver cet article :https://clicks aweber com/y/ct/?l=O4XAW&m=gnNye8n9J_R6ggE&b=ktNZZ6Qm_w Qh2Nsiyz4DQ, comment respecté les doigté sur un piano, doigtes piano
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6 réflexions au sujet de « Des règles en or pour la recherche de doigtés »

  1. Bonjour Marie-Cécile,

    j’attendais patiemment la suite de ta première partie liée au préambule de la recherche des doigtés et de cette application sur notre clavier, via nos partitions musicales.

    Je reprends ici tous les justes commentaires partagés ici par nos amis.ies pianistes amateurs de tous niveaux.

    La seconde partie que tu as abordée, les règles en or, est pour ma part très enrichissante en conseils et astuces.
    Merci à toi.

    Je retiens surtout le fait de jouer les 2 mains ensembles. Sans perdre trop de temps. La vitesse d’exécution sera très très lente, mais c’est comme cela, il me semble, qu’on parvient à progresser rapidement dans l’élaboration du morceau.
    Travailler également certains passages à vitesse réelle d’exécution sur 2 ou 3 mesures. Oui. Une façon de savoir si les doigtés passent bien ou pas.
    Apprendre par coeur notre morceau pianistique ce qui nous permet de ne plus être perdus lorsque nous passons d’un piano à un autre…
    Remettre en question nos doigtés jusqu’à ce que cela “passe” parfaitement bien entre nos 2 mains.
    Ce qui nous permet donc d’anticiper par rapport aux mesure suivantes.
    Je l’ai pour ma part expérimenté, certains passages joués avec mes 2 mains qui ne “passent pas bien” avec des doigtés décidés au départ, via une partition en comportant déjà, ou pas. En revanche, il m’a suffit alors de changer un ou 2 doigtés en particulier et, tout roule ensuite très bien !
    Et puis travailler, travailler, et retravailler encore nos doigtés et ne pas hésiter à les corriger sur la partition.
    Prendre conscience de chaque doigté posé sur telle ou telle touche, se sentir le plus à l’aise possible. Et puis, à un moment, stop ! On est enfin calés parfaitement.
    Mais je te le confirme, c’est un travail de longue haleine, et j’y passe pour ma part de longues heures avant d’être complètement à l’aise avec mon morceau et en parfaite décontraction. Ne jamais se décourager. La recherche des doigtés c’est un passage obligatoire pour ensuite mieux se concentrer sur l’approfondissement de notre morceau, le tempo, la vitesse d’exécution, les nuances, les sentiments que nous allons y mettre, maîtriser notre stress…etc.

    Encore merci à toi pour tous ces précieux conseils.

    Bien à toi
    Rémi

  2. Un grand merci, Marie Cécile,
    Pour toutes ces super info que tu nous donnes, ces conseils pratiques très “pro”, et en même temps, mis au niveau de tout un chacun, tes encouragements plein de bon sens et de gentillesse, à la fois, c’est toujours un plaisir, et un enrichissement pianistique de recevoir tes courriers!
    Bon, si tu dois ralentir le rythme, ils n’en prendront que plus de valeur à nos yeux, et je suis sûre que tu auras encore plein de bonnes idées de travail à nous communiquer, quand tu le pourras.
    En ce qui me concerne, je dois m’efforcer de :
    -1- Revoir mon petit répertoire perso, afin de ne pas laisser en friche un travail déjà fait et un peu oublié…et
    -2-Bien choisir le niveau de mes prochaines œuvres à travailler, ni trop dur, ni trop facile!
    Voilà!
    Je te souhaite un très joli mois de Mai musical, sûrement, et encore merci pour tout ce que tu fais!

  3. Bonjour à tous!
    Apprendre un morceau, et puis l’oublier, et y revenir, c’est très bien, ça casse les automatismes!
    Quand je fais ça, je m’oblige, à jouer le dit morceau par cœur, très lentement, les yeux fermés, puis, à nouveau, les yeux sur le clavier, ce qui peut, curieusement , me troubler terriblement et faire cafouiller mes doigts! (qui semblent aller bcp plus vite si mes yeux ne les surveillent pas, ou le moins possible…!)Puis je le reprends avec la partition, pour vérifier si je n’oublie aucune indication de jeu, et de nouveau par cœur, en améliorant un peu le tempo, à chaque fois…
    Mais, c’est un long travail de patience, d’acharnement, même, qui apporte sa récompense, après un nombre d’heures incalculables!
    je me demande si je suis un cas spécial! Le piano, c’est difficile, et je ne suis ni super-douée, ni super-jeune, mais j’adore!

  4. Bonjour Stéphane,
    La 1ère année, moi aussi, je me voyais obligée d’apprendre par cœur, pour jouer quoi que ce soit, et je détestais ça tellement, que j’ai trouvé quelques trucs pour ne plus être obligée de regarder le clavier… (j’ai 3 ans de piano…)
    Un, tout bête: s’obliger à déchiffrer une main après l’autre, sur des petits passages (2 ou 4 mesures…), en suivant la partition, armée d’une petite baguette, de l’autre main, pour ne pas perdre le fil de la partition qu’on s’efforce de ne pas perdre de vue, grâce à la dite baguette…
    Quand on met les 2 mains, sur des petits passages, on s’oblige à ne pas lâcher la partition des yeux, mieux vaut alors pouvoir se passer de la baguette guide, à moins de la tenir entre ses dents, bien sùr! (pas très commode!)
    Puis, dans mes exos sur les gammes, arpèges, tierces, etc, je me suis obligée,une fois que je savais un peu les faire, avec les doigtés corrects,( toujours importants pour l’apprentissage! ) à les jouer les yeux fermés, ou en ne regardant que la partition, toujours lentement et par petits passages courts pour être sure des bons doigtés… Question de patience: en travaillant lentement, on finit par y arriver très bien, et on se sent tellement plus libre, quand il n’y a plus cet esclavage de regarder le clavier, et finalement, les doigts acquièrent assez vite une très bonne mémoire gestuelle, si on ne les bouscule pas, et si on sait lâcher prise, pour les laisser trouver le chemin des bonnes touches!
    Et quelle joie, quand on sait jouer tout un morceau les yeux fermés, sans se tromper, et que la partition défile directement de votre cœur à vos doigts, là, on commence spontanément à faire de la musique, avec des nuances comme si elle venait de vous.
    Cela requiert simplement du temps, de savoir aussi ce que l’on veut, et comment on veut réussir à jouer!
    Alors ,bon courage!

  5. Bonjour Marie-Cécile,
    Heureux pour toi que tu prennes soin de ta santé physique et intellectuelle. Je suis en train d’expérimenter la même situation que toi dans un autre domaine et j’en tire les mêmes conclusions. A force de donner, on se vide et si l’on ne prend pas le temps de recharger ses batteries, on s’épuise.
    Merci de tout cœur pour ton article, et quoi que je sois un peu à l’arrêt pour le moment, (on ne sait pas donner dans tous les azimuts) j’apprécie avec toujours autant de plaisir de te lire et de t’écouter.
    Tu es dans le partage et c’est réjouissant de sentir le plaisir avec lequel tu nous communiques tes connaissances.
    Dès que je le pourrais, je reprendrais du service auprès de mon piano en mettant à profit toutes tes suggestions et tes conseils lumineux.
    Merci pour ta générosité et bien des compliments à toute ta petite tribu

  6. Bonjour Marie-Cécile,
    D’abord, merci pour tout ce que vous nous offrez. Malheureusement je dois admettre que je me reconnais exactement dans le mauvais lecteur que vous décrivez, prisonnier de mes automatismes et incapable de lire en même temps que je joue (donc, en effet, je mémorise le morceau au fur et à mesure que je l’pprends). Je ne sais pas par où commencer pour vaincre cette difficulté sans doute prioritaire sur mes autres difficultés. Que me conseilleriez-vous ?
    Cordialement.

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